• BILLET SALESIEN


    Faire Chemin
    avec St François de Sales



    24 juin 2018   Année B 2018
    NATIVITÉ DE St JEAN BAPTISTE
    Lettre à la Mère de Chantal


         "Son nom est Jean"     Luc 1, 57-66

                   Ma très chère fille, quel sentiment de joie j'éprouve pour cet homme dont nous célébrons la naissance !
                Il est plus que confesseur, car il a confessé le Sauveur avant que le Sauveur ne se soit confessé lui-même ! Il est plus que prédicateur, car il ne prêche pas seulement de la langue, mais de la main et du doigt, ce qui est le comble de la perfection. Plus que docteur, car il prêche sans avoir entendu la source de la doctrine. Plus que martyr, car les autres martyrs meurent pour celui qui est mort pour eux, mais lui meurt pour Celui qui est encore en vie... Plus qu'évangéliste, car il prêche l'Evangile avant qu'il n'ait été fait.
    Je le considère plus qu'apôtre, car il précède Celui que les apô­tres suivent. Plus que prophète, car il montre Celui que les prophètes prédisent. Plus que patriarche, car il voit Celui en qui ils ont cru !
     Je le pense plus qu'ange et plus qu'homme, car les anges ne sont qu'esprit sans corps, et les hommes ont trop de corps et trop peu d'esprit : Jean a un corps et il n'est qu'esprit ...

    Que voilà un admirable saint ! Il naît d'une femme stérile, il vit dans le désert, il prêche aux cœurs arides et pierreux, il meurt parmi les martyrs. Et malgré toutes ces austérités, il a un cœur tout plein de grâce et de bénédiction.
    Mais autre chose est encore admirable : Notre Seigneur, ayant dit qu'entre tous ceux qui étaient nés d'une femme, nul n'était plus grand que Jean, il ajouta : mais le plus petit dans le Royaume des cieux, c'est-à-dire en l'Eglise, est plus grand que lui.
    0 ma chère fille, il est vrai, car le moindre chrétien communiant est plus grand en dignité que saint Jean. Alors pourquoi sommes-nous si petits en sainteté ?

                                                                                          24 juin 1611 (XV 74)    Monastère de la Visitation Fribourg





    5ème dim. de Pâques 29 avril 2018 Année B

    "Tout sarment qui ne porte pas de fruits, mon Père l’enlève."               Jean 15,1-8

    "Les fleurs, dit l'Epoux du Cantique des Cantiques, ont éclos en notre terre, le temps d'émonder et de tailler est venu." Qui sont les fleurs de nos cœurs, sinon nos bons désirs ? Or, aussitôt qu’ils paraissent, il faut mettre la main à la serpe, pour retrancher de notre conscience tout ce qui l'encombre. Quand une étrangère épousait un israélite, elle devait ôter sa robe de captivité, se couper les ongles et raser ses cheveux. L'âme qui aspire à être l'épouse du Fils de Dieu, doit se dépouiller du vieil homme et revêtir l'homme nouveau ; puis elle doit couper et raser tout ce qui en elle la détourne de l'amour de Dieu.
    Saint Paul, en un instant, fut purifié parfaitement, mais cette sorte de purification est aussi miraculeuse et extraordinaire dans l'ordre de la grâce, que la résurrection des morts dans l'ordre de la nature, si bien que nous ne pouvons y prétendre.
    La guérison des corps, comme celle des esprits, ordinairement ne se fait que petit à petit, par progrès successifs... Les anges ont des ailes sur l’échelle de Jacob, mais ils ne volent pas : ils montent et descendent avec ordre, échelon par échelon. L'âme qui monte du péché vers la dévotion est semblable à l'aube : en s'élevant, elle ne chasse pas les ténèbres en un instant, mais peu à peu. On dit que la guérison qui se fait doucement est toujours plus sûre ; les maladies de l'âme, comme celles du corps, arrivent à cheval, mais elles s'en vont à pied et à petits pas.
    Dans cette entreprise, il faut donc se montrer courageux et patient. Hélas ! Quelle pitié de voir des âmes qui, se voyant encore imparfaites après s'être exercées dans la vie spirituelle, s'inquiètent, se troublent et se découragent, et sont tentées de tout abandonner et de retourner en arrière.
    Mais inversement, ne courent-elles pas un grand danger celles qui pensent avoir été purifiées de toutes leurs imperfections en un jour, qui se tiennent pour parfaites avant presque d'être faites, et qui veulent voler sans ailes ? Ô Philothée, ces âmes sont en grand péril de retomber, pour s'être trop vite dispensées du médecin !

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    3ème dimanche de Pâques 15 avril 2018 Année B

      
    "Jésus leur dit : pourquoi êtes-vous bouleversés ? C’est bien moi. "
        Luc 24,35-48


                Les Apôtres et les disciples de Notre Seigneur, comme des enfants sans père et des soldats sans capitaine, s'étaient retirés dans une maison, tout craintifs qu’ils étaient ; le Sauveur leur apparut pour les consoler de leur peine et leur dit : la Paix soit avec vous ! Comme s'il eut voulu dire : Pourquoi êtes-vous si craintifs et affligés ? Si vous doutez de ce que je vous ai promis de ma résurrection, demeurez en paix ... car je suis ressuscité ! Voyez mes mains, touchez mes blessures, je suis bien moi-même, ne craignez plus, la paix soit en vous.
    Sur ces paroles, je considère la paix du saint Évangile et de l’Église ; car tous deux ne sont que paix, douceur et tranquillité. L’Évangile a été commencé par la paix, comme nous le voyons dans la Nativité de notre Seigneur, où les anges chantaient : Gloire à Dieu en hauts lieux, et paix sur terre aux hommes de bonne volonté !
    Et après, il ne prêche que la paix : Je vous donne ma paix, dit le Sauveur parlant à ses Apôtres, mais je ne vous la donne pas comme le monde la donne, mais comme mon Père me la donne. Le monde, semble-t-il dire, ne donne point ce qu’il promet, car il est trompeur ; il amadoue les hommes, leur promettant beaucoup, et puis, finalement ne leur donne rien, se moquant ainsi d'eux après les avoir trompés. Mais moi je ne vous promets pas la paix seulement, mais je vous la donne, et non pas une paix telle quelle, mais telle que je l'ai reçue de mon Père, avec laquelle vous surmonterez tous vos ennemis et en demeurerez victorieux. Ils vous feront bien la guerre, mais malgré leurs assauts, vous conserverez la tranquillité et la paix en vous-même.
    En somme, le saint Evangile traite presque partout de la paix ; et comme il commence par la paix, de même, il finit par la paix pour nous enseigner que c'est l'héritage que le Seigneur a laissé à ses enfants.

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    2ème Dimanche de Pâques 8 avril 2018 B
    Dimanche de la Miséricorde


    "Thomas déclara : si je ne mets la main dans son côté, je ne croirais pas !"

    Jean 20,19-31





    Saint Thomas commit le très grand péché d'infidélité ; en voyant cela, les autres Apôtres furent extrêmement touchés.
    Cependant, ils ne rejetèrent pas le coupable de leur compagnie, mais prièrent pour lui, et Notre Seigneur, par sa miséricorde ineffable, vint une seconde fois, seulement pour saint Thomas. Il nous donne par là des preuves de la douceur avec laquelle il traite les pécheurs, car il a deux bras : l’un de sa justice toute puissante et équitable, et l'autre de sa miséricorde qui va au-delà de sa justice.
    Considérons, je vous prie, combien le Sauveur est bon. Il vint dans le cénacle une fois pour tous les Apôtres, et une autre fois pour saint Thomas seulement, huit jours après sa Résurrection, alors qu'ils étaient tous rassemblés ; et s'adressant à Thomas seul, il lui dit : "Tu ne veux pas croire ; tiens, touche-moi, car l’esprit n'a ni chair ni os." Il mit donc ses doigts dans les cicatrices de son Sauveur. Mais que pensez-vous que fit ce bon Saint ? Certes, il n'y a pas de doute, quand il l’eut touché, il sentit une grande chaleur divine, principalement quand il toucha ce cœur sacré, tout ardent d'amour. Alors, tout étonné, il s'exclama et dit : Ô mon Seigneur et mon Dieu ! Et en même temps il fut changé et rendu fidèle, si bien qu'il a été prédicateur de la foi comme les autres Apôtres, et après avoir grandement travaillé pour elle, il est finalement mort pour cette même foi.
    Notre bon Sauveur lui répondit : "Thomas, tu as cru parce que tu as vu, mais bienheureux seront ceux qui croiront et ne verront pas !", parce que sa divine Bonté nous avait tous présents, nous autres qui sommes en son Eglise, qui a pris naissance du petit groupe des Apôtres. Ce que nous savons des mystères de notre foi, ils nous l'ont appris, bien que leur foi fût alors imparfaite parce qu'ils n'avaient pas encore reçu l'Esprit. Ici-bas sur terre, nous avons besoin de la foi, mais au ciel nous n'en aurons plus besoin. C'est un grand don de Dieu que la foi.

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    Dimanche des Rameaux 2018 année B


    " Beaucoup étendirent sur le chemin leurs manteaux..."  Marc 11, 1-10
               
               
     Notre Seigneur s'acheminant vers Jérusalem, ceux de la ville vinrent au-devant de lui, et coupaient des branches d'olivier et de palmier pour orner le chemin par où il passait. Chacun sait que la palme est donnée aux martyrs comme signe de la victoire qu'ils ont remportée sur tous leurs ennemis ; mais l'olivier représente les confesseurs qui ont fait beaucoup pour la gloire de Dieu en temps de paix, car l'olivier est le symbole de la paix. On le voit lorsque Dieu, apaisé après le déluge, envoya à Noé, qui était dans l'arche, une branche d'olivier par la colombe.
    Mais si la palme appartient et représente particulièrement les martyrs, elle appartient aussi aux confesseurs, car la vie des justes est un continuel martyre. Ils sont en un combat continuel contre leurs ennemis, que sont leurs propres passions et inclinations, dont ils demeurent maîtres, les soumettant toutes à la raison ; et ce n'est pas une petite victoire, mais une victoire plus grande que de conquérir plusieurs villes.
    Je fais la considération suivante sur ce peuple qui jetait ses habits par les rues où passait Notre Seigneur, pour embellir le pavé. Que représentent, je vous prie, ces habits jetés sous les pieds du Sauveur ?
    En latin, habit et habitude ont la même origine ; or ces bonnes gens nous apprennent que si nous voulons bien honorer notre divin Maître autant que possible, il faut que nous jetions devant lui toutes nos habitudes, tant bonnes que mauvaises. Qui saura mettre ses vertus aux pieds de Notre Seigneur, en ne voulant les posséder que pour l’honorer, et non pour sa propre vanité, ou bien pour en être estimé ?

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    5ème dim. de Carême 18 mars 2018  Année B 2018



                           "Si quelqu'un veut me servir, qu'il me suive. " Jean 12, 20-33

                  


            Ô Seigneur Dieu, me direz-vous, il faut être gran­dement sur ses gardes pour ne point suivre notre propre volonté, et ne point écouter ce que notre amour propre désire, car ils ont des ruses pour attirer notre attention. Il est vrai, mais en voici le remède.
            Ceux qui naviguent en mer, approchant du lieu où sont les sirènes, risquent toujours de se perdre car elles chantent si délicieusement qu'elles en­dorment ceux qui rament ; mais il y en a qui ont usé de ce stratagème, de se faire attacher au mât du navire, afin de ne pas être attirés par cette mélodie. Il faut que nous fassions de même lorsque ces sirènes de notre propre volonté viendront nous chanter aux oreilles pour nous forcer à leur obéir ; il faut nous attacher fortement à l'arbre du navire, qui n'est autre chose que la croix, nous rappelant que Notre Seigneur nous invite à prendre notre croix.
                Notre Seigneur ajoute que l'on prenne courageusement sa croix, et qu'on le suive. Il faut que nous sachions qu'il y a une différence entre se dire pour Notre Seigneur et le suivre. Tous les Chrétiens qui aspirent au Ciel cherchent le Sauveur, car c'est par leurs mérites qu'ils espèrent le trouver, en observant néan­moins ses commandements ; mais suivre Notre Seigneur c'est marcher sur ses pas, imiter ses vertus, faire ses volontés et n'avoir qu'une seule aspiration : être avec lui...
                Si vous persévérez ainsi le long de votre vie, à la fin il vous mettra devant lui ; là, vous le verrez face à face, il s'entretiendra familièrement avec vous comme l'ami avec son ami, et cet entretien durera éternellement.                  

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    4ème dim. de Carême 11 mars 2018 
    Année B 2018 
     "Ainsi faut-il que le Fils de l'homme soit élevé..."   Jean 3, 14- 21
             
               Notre Seigneur voulait racheter tous ceux qui le confessent, ce qui est la signification du mot de "juif" que Pilate écrivit sur le titre de la croix. C'est ce qui nous a été représenté dans l'Ancien Testament par tant de figures, particulièrement par le serpent d'airain que Moïse dressa sur la colonne pour protéger les Israélites des morsures des serpents. Vous connaissez, je pense, toute l'histoire et comment cela arriva : Dieu ayant retiré son peuple de la servitude d'Égypte pour l'introduire en terre promise sous la conduite de ce grand capitaine Moïse, il survint un étrange accident ; car de petits serpenteaux sortirent de terre dans le désert où étaient les pauvres Israélites, de sorte qu'il en fut tout rempli. Ces serpenteaux mordaient, non d'une morsure trop piquante, mais grandement dangereuse, car elle était si venimeuse qu'infailliblement tous seraient morts si Dieu, par sa bonté et providence infinie, n'y eut pourvu.
              Moïse voyant ce pitoyable accident s'adressa à Dieu pour demander quelque remède à un tel malheur. Et le Seigneur lui commanda de faire un serpent d'airain et de le poser sur une haute colonne, avec la promesse que ceux qui seraient mordus par les petits serpenteaux guériraient en le regardant. Ce que Moïse exécuta immédiatement, enjoignant à ceux qui seraient mordus par les serpents de jeter les yeux sur celui qui était élevé sur cette colonne. Ce faisant, ils étaient promptement guéris ; mais, ceux qui ne voulaient pas le regarder mouraient, car il n'y avait point d'autre moyen d’échapper à la mort que celui-là, qui était ordonné par Dieu lui-même. Ô que le Dieu d'Israël est bon, dit un grand Saint, de donner à Moïse un tel remède pour la guérison de son peuple !
                  
                   Monastère de la Visitation Fribourg




    3ème dim. de Carême 4 mars 2018  Année B


     "L’amour de ta maison fera mon tourment."   Jean 2, 13- 25
                  
    Mais en quoi donc consiste le zèle ou la jalousie que nous devons avoir pour la divine Bonté ?
    Théotime, sa fonction est premièrement de haïr, fuir, empêcher, détester, rejeter, combattre et abattre, si l'on peut, tout ce qui est contraire à Dieu, à sa volonté, à sa gloire et à la sanctification de son nom. J'ai haï l'injustice, dit David et je l'ai en horreur.
    Voyez, je vous prie, de quel zèle ce grand Roi est animé, et comment il met les passions de son âme au service d'une sainte jalousie : il ne hait pas simplement le péché, mais il le déteste, le combat et l'extermine... ainsi ce fut par le zèle qui dévorait son cœur que, à la vue des trafics qui profanaient le temple, Notre Seigneur en chassa les marchands.
    Cette jalousie, faisait mourir et pâmer tous les jours le saint Apôtre Paul : Je meurs tous les jours pour votre gloire.
    Comme le disaient les Anciens, voyez quel amour, quel soin et quelle jalousie une mère poule a pour ses poussins (car Notre Seigneur n'a pas estimé cette comparaison indigne de son Evangile). La poule est une poule, c'est-à-dire un animal sans courage ni générosité quelconque, tant qu'elle n’est pas mère; mais quand elle l’est devenue, elle a un cœur de lion, toujours la tête levée, toujours aux aguets, regardant de toutes parts, pour peu qu'il y ait apparence de péril pour ses petits ; il n'y a pas d'ennemi aux yeux duquel elle ne se jette pour la défense de sa chère couvée, dont elle a un souci continuel et qui la fait toujours aller gloussant et plaignant : et si un de ses poussins périt, quels regrets !
         C'est ce même amour, ce soin, cette jalousie des pères et mères pour leurs enfants, des pasteurs pour leurs ouailles, des frères pour leurs frères, que nous devons avoir.
    Monastère de la Visitation Fribourg




    2ème dim. de Carême 25 février 2018 Année B 
    "Ils ne virent plus que Jésus seul avec eux." Marc 9, 2-10

               
    L'Eglise, au premier Dimanche de Carême, nous fait voir la tentation de Jésus-Christ, au second, sa Transfiguration et la gloire de la Jérusalem céleste, et au troisième, la providence de Dieu envers ceux qui, ayant appris de Notre Seigneur à combattre vaillamment, l'ont fait si fidèlement qu'ils ont mérité la récompense qu'il leur montre après la bataille. Nous ferons aujourd’hui quelques petites considérations sur ce sujet.

    L'âme de Notre Seigneur fut bienheureuse dès l'instant de sa conception ; elle ressemblait à l'échelle de Jacob, qui de l'un des bouts touchait le ciel et de l'autre la terre. Il en était de même de la sainte âme de notre Maître, car sa partie supérieure était appuyée dans le sein de son Père, et sa partie inférieure touchait la terre par le choix qu'il avait fait de nos misères et de nos peines. Or cela étant, nous voyons clairement que le mystère de la Transfiguration ne fut point un miracle, mais une cessation de miracle, puisque les parts de gloire qui enrichissaient la partie supérieure de cette âme bénite étaient aussi dues à la partie inférieure qui n'en jouissait pas, mais était abandonnée et délaissée, à la merci de toutes nos misères et calamités.

              ... Les Apôtres, en se relevant, car ils tombèrent face contre terre en entendant la voix du Père éternel, ne virent plus que Jésus seul. Ceci est le souverain degré de la perfection, de ne plus voir que Notre Seigneur en tout ce que nous faisons. Plusieurs s'empêcheront bien de regarder les hommes et les choses de ce monde, mais il en est très peu qui ne se regardent point eux-mêmes ; les plus spirituels recherchent et choisissent entre les exercices de dévotion ceux qui sont plus à leur goût et plus conformes à leurs inclinations.

              Il ne faut cependant voir que Dieu, ne chercher plus que lui, ni avoir d’autre affection que pour lui, et nous serons bienheureux. Les âmes qui sont parvenues à ce degré de perfection mettent un soin tout particulier à regarder et à se tenir auprès de Notre Seigneur crucifié sur le Calvaire, parce qu'elles l'y trouvent plus seul qu'en nul autre lieu.          
                  
         D’un sermon du 23 février 1614 (IX 27-30)
                                           Monastère de la Visitation Fribourg



    1er dim. de Carême 18 février 2018 B 

    "Aussitôt l’Esprit le pousse au désert..."   Marc 1, 12- 15

                Considérons un peu de quelles armes se servit Notre Seigneur pour rabrouer le diable qui le tentait au désert. Pas d’autres, que celles dont parle le Psalmiste dans le psaume que nous récitons tous les dimanches à complies : "Je me tiens sous l’abri du Très-Haut et me repose à l’ombre du Puissant", dans lequel nous apprenons une doctrine admirable. Il dit ainsi, comme s'il s'adressait aux Chrétiens ou à quelqu'un en particulier : « Ô que vous êtes heureux, vous qui êtes armés de la vérité de Dieu, car elle vous servira de bouclier contre vos ennemis, et fera que vous demeurerez victorieux. Ne craignez donc point, vous qui êtes armés de cette armure de vérité. Ne craignez ni les frayeurs nocturnes, car vous n'y trébucherez point ; ni les flèches qui volent en plein jour, car elles ne sauraient vous atteindre ; ni les terreurs de la nuit, ni les fléaux à midi. »
           Ô que Notre Seigneur était bien armé de vérité, puisqu'il était la vérité même. Cette vérité dont parle le Psalmiste n'est autre que la foi. Quiconque est armé de la foi ne doit rien craindre, et c'est l'unique arme nécessaire pour rabrouer et confondre notre ennemi ; car, je vous prie, qui pourra nuire à celui qui dira : « Je crois en Dieu » qui est notre Père, et notre Père tout puissant ?
              En disant ces paroles nous montrons que nous ne nous confions point en nos propres forces, mais en la vertu de notre Père avec qui nous entreprenons le combat, et de qui nous espérons la victoire. Non, n’allons point de nous-mêmes au-devant de la tentation par présomption d'esprit, mais repoussons-la seulement quand Dieu permet qu'elle nous attaque et qu'elle vienne nous chercher où nous sommes. Jésus surmonta son ennemi en se servant des paroles de la Sainte Ecriture pour toutes les tentations qu'il lui présenta. Jésus ne pouvait avoir la foi, parce qu'il la possédait en son âme, dès l'instant qu'elle commença d'être. Il voulut s’en servir pour nous enseigner tout ce que nous avions à faire. Ne recherchons donc point d'autres armes ni d'autres inventions pour lutter contre la tentation, sinon de dire : " Je crois " Et en qui croyez-vous ? " En Dieu, mon Père tout-puissant. "  
                                           D’un sermon du 13 février 1622 (X 199)
                                                                                                                Monastère de la Visitation Fribourg